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Le journal Le Monde a rencontré des chômeurs heureux, et riches

samedi 13 septembre 2014

Dan un article titré : "Les petits arrangements de Pôle emploi avec ses cadres proches de la retraite" et sous-titré "Plusieurs dizaines d’agents bénéficient de douteuses ruptures conventionnelles", "Le Monde" du 12 septembre 2014 relate comment Pôle emploi a fait bénéficier à quelques-uns de ses cadres de mirobolantes ruptures conventionnelles pour que ceux-ci puissent vivre, pendant 3 ans, de très confortables indemnités de chômage (jusqu’à 5000€ mensuels), tout ceci sans le lancinant contrôle-sanction qui est le lot de tout chômeur lambda.

Alors que Pôle emploi est en passe de renforcer le contrô­le des chômeurs, une petite catégorie de demandeurs d’em­ploi semble être totalement exoné­rée de surveillance. Selon les infor­mations du Monde, une discrète pratique issue de l’Assedic reste en cours au sein de l’organisme : l’existence de préretraites dégui­sées pour certains de ses agents proches de la retraite.

Licenciés par le biais d’une ruptu­re conventionnelle à 58, 59 ou 60 ans, ces anciens de Pôle emploi bénéficient tous d’un suivi et de contrôles très allégés, ce qui leur permet d’attendre la retraite sans avoir à rechercher d’emploi. Pour eux, les rendez-vous sont souvent réduits au minimum ... quand ils ont lieu. Tel ce cadre de Rhône­ Alpes, parti début 2013 avec plus de 170000 euros d’indemnités de rup­ture conventionnelle et immédiate­ment inscrit au chômage, avec 5000 euros d’allocation par mois. Sa retraite est prévue début 2016, pile trois ans après son inscription, le délai maximal pour percevoir les allocations. Un autre, originaire de Haute-Normandie, n’a eu qu’un seul entretien -pour son inscrip­tion - en trois ans de chômage.

Ce système, certes courant dans le privé, peut paraître curieux à l’heure où le ministre du travail François Rebsamen demande à Pôle emploi de « renforcer les contrôles » pour vérifier que les chô­meurs « cherchent bien un emploi ». Pourtant, il semble bien rodé. D’autres anciens cadres de l’organisme, également partis avec plusieurs dizaines de milliers d’eu­ros d’indemnités, sont suivis par des directeurs d’agence plutôt que par de simples conseillers comme le sont habituellement les autres chômeurs. D’autres encore n’ont toujours pas de conseiller plus de deux mois après leur inscription.

Autre dissimulation : l’inscription de ces chômeurs-maison dans des plates-formes téléphoniques de Pôle emploi plutôt que dans des agences classiques, comme Le Mon­de a pu le constater.

Plusieurs départs intervenus juste avant le 1"’ juillet posent ques­tion. A cette date est en effet entré en vigueur un allongement du délai de carence des salariés quit­tant leur entreprise avec une indemnité supérieure au mini­mum légal. Un ancien directeur régional adjoint parti au chômage le 30 juin, veille de la date fatidi­que, est depuis "suivi" dans une agence qui s’occupe uniquement du contact avec les entreprises, bien loin du chômeur lambda. Son dossier, marqué "sensible", fait état d’une indemnité de rupture supérieure à 130 000 euros. Il pour­ra bénéficier de plus de 4000 euros d’indemnités par mois, en attendant sa retraite, pré­vue dans trois ans.

« Quand il s’agit d’un agent de Pôle emploi, il y a une procédure très précise », confirme Jean-Char­ les Steyger, du SNU Pôle emploi, seul syndicat qui critique ouverte­ment ces pratiques. « En inscrivant qu’ils cherchent des postes de directeur d’agence de Pôle emploi, on est sûr qu’ils ne seront pas recrutés, note-t-il ironiquement. Ceux qui sont dans des portefeuilles fictifs ne sont même jamais convoqués. Ils échappent ainsi à tout contrôle. Un autre syndicaliste, de la CFDT, confie sous couvert d’anonymat : « On n’est pas à l’aise avec ce genre de pratiques. Mais quand certains de nos adhérents nous disent qu’ils n’en peuvent plus, c’est difficile de leur faire la morale »

Si les chômeurs seniors pou­vaient jusqu’en 2008 être « dispen­sés de recherche d’emploi, cette possibilité a été officiellement sup­primée depuis. Ils ont désormais les mêmes obligations et contrôles que les autres chômeurs. La loi leur impose notamment de faire preuve de « démarches effectives et régulières de recherche d’em­ploi ». Jean-Yves Cribier, le direc­teur des ressources humaines de Pôle emploi conteste l’existence d’une pratique spécifique. « Les anciens salariés de Pôle emploi sont suivis comme les autres chô­meurs », assure-t-il.

La dizaine de dossiers auxquels Le Monde a eu accès seraient, selon lui, des exceptions. « Si ces cas sont avérés, je suis prêt à les corriger », promet-il. Il concède toutefois que « hormis dans des cabinets privés spécialisés », il y a peu de chances qu’un ex-cadre de Pôle emploi ins­crit comme recherchant un poste de directeur d’agence retrouve un travail.

La pratique est pourtant délibé­rément gardée secrète en interne. Sur l’Intranet de l’organisme que tous les salariés peuvent consul­ter, le directeur d’une agence du centre de la France parti cet été dans le cadre d’une rupture conventionnelle est indiqué avoir officiellement "pris sa retraite". Il a pourtant été immédiatement inscrit au chômage dans une agen­ce de Montpellier, bien loin de son domicile, Sa retraite est prévue au mieux pour début 2016. Une autre cadre partie officiellement « se consacrer pleinement à sa famille » est elle aussi désormais indemni­sée par Pôle emploi. « Certains sala­riés ne veulent parfois pas qu’on mette en évidence leur situation personnelle », justifie M. Cribier .

JEAN-BAPTISTE CHASTAND


423 départs en cinq ans

DepuiS la fusion de l’ANPE et des Assedic, en 2009, Pôle emploi a négocié 423 ruptures convention­nelles. "Cela fait un peu moins de 5 % de l’ensemble des départs", relativise Jean-Yves Cribier, le directeur des ressources humai­nes. Parmi ces ruptures, plus de 80 % concernent des agents de plus de 58 ans, donc proches de la retraite,et 60% des cadres. « A l’issue de la fusion, on avait un certain nombre de postes de management et de fonctions sup­ports qui pouvaient doublonner. On utilise les ruptures conven­tionnelles au cas par cas, lorsqu’il y a un souhait partagé de se sépa­rer », assure-t-il, en promettant de « toujours calculer que le coût des Indemnités de rupture et des allocations chômage est compen­sé par le fait qu’on ne verse plus de salaire sur la même période ».

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