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Contrôle des chômeurs : dans 94% des cas, l’expérimentation de Pôle Emploi n’a servi à rien

et pour le reste, on a radié comme à l’ordinaire.

vendredi 10 octobre 2014, par AC ! Ile de France

« Un chômeur sur cinq ne recherche pas d’emploi  », commente le Journal Les Echos, après la publication des résultats partiels de l’expérimentation lancée par Pôle Emploi sur un contrôle renforcé des demandeurs.

D’entrée, l’utilité de cette expérimentation est démontrée : grâce à elle, la presse écrite en difficulté aura pu relancer son audience avec des titres choc et accrocheurs. C’est bon pour la croissance.

Mais ça n’a aucun sens. Et en tout cas très peu de rapport avec le contenu réel du bilan d’expérimentation, du moins ce que le Pôle Emploi veut bien en communiquer, puisque ce sont six petites pages ( à voir ici , dont une seule de données chiffrées qui ont « fuité » dans la presse.

Ce « bilan » concerne l’activité de 7 conseillers et d’un supérieur hiérarchique employés uniquement au contrôle de dossiers sélectionnés à l’avance sur les agences de Toulon et Manosque, de mars 2013 à juin 2014.

Et voici le résultat qui aurait pu être mis en avant de manière objective : 7 contrôleurs à plein temps , pendant un an, ont sélectionné un peu plus de 2600 dossiers ciblés , pour aboutir, dans le cadre d’une législation très dure à 172 radiations, soit 6,7 % du total des personnes contrôlées.

Pour comprendre ce taux, qui devrait aboutir à l’abandon de procédures inutiles, intrusives et coûteuses, il faut détailler le cadre et la méthode de l’expérimentation.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Toulon et à Manosque était d’un peu plus de 15 000 personnes en 2013 ( 13 089 à Toulon, 2068 à Manosque, données ville-data.com). Sur ces 15 000 personnes, l’équipe de l’expérimentation en a sélectionné 2658 seulement, sur « requêtes diverses » et « signalements agence ». Autant dire qu’un tri orienté a eu lieu en préalable en choisissant des dossiers dont on estimait qu’ils pouvaient donner lieu à un contrôle "positif". Il ne s’agit donc pas d’un panel représentatif, et l’expérimentation n’a rien d’objectif. Si l’on utilisait la méthode de Pôle Emploi pour déterminer le pourcentage de bronchites chez la population d’un département, cela reviendrait à conclure sur la base des personnes repérées parce qu’elles toussaient.

Seulement, même avec cette méthode très orientée, et en ayant choisi des dossiers qui lui semblaient problématiques, l’équipe de contrôleurs , après un simple examen des dossiers , doit admettre que 60% d’entre eux ne laissent aucune prise à des accusations de non-recherche d’emploi . Pire, après avoir exigé des restants qu’ils renvoient un questionnaire, on arrive à 80,9 % de dossiers classés.

Il restera donc, en tout et pour tout, après un travail de fouille et de tri des dossiers, sur 15 000 chômeurs du coin et 2658 heureux élus au contrôle renforcé, 340 malheureux demandeurs d’emploi, à qui l’on peut encore éventuellement demander des comptes. On imagine la fébrilité de notre équipe de contrôle devant ce résultat, et les réunions de brainstorming désespérées sur le moyen de tirer de ces dossiers la conclusion attendue de l’expérimentation, c’est à dire sa généralisation.

On imagine également la pression à laquelle ont dû être soumis les 340 demandeurs en question, dernière chance du Pôle Emploi d’aboutir à des résultats montrant que les chômeurs sont quand même des grosses flemmasses malhonnêtes, et qu’il faut bien déployer des budgets pour les harceler au quotidien.

A vrai dire, la législation déjà extrêmement sévère permettait de prendre des sanctions en toute tranquillité : rappelons que la loi sur l’offre raisonnable d’emploi oblige dans les faits n’importe quel demandeur d’emploi de moyenne durée de répondre à des offres ne correspondant ni à son salaire précédent, ni à son projet, si à son niveau de qualification initial. Rappelons qu’une radiation peut-être prononcée en cas de simple absence à une convocation.

Pourtant, même avec cet arsenal, à la finale, au bout d’un an de contrôle , seules 172 radiations auront été prononcées, soit 6,7% du total des demandeurs sélectionnés à l’avance, et un peu plus d’1% des demandeurs inscrits sur les zones concernées.

Dans le cadre « normal » du Pôle Emploi, entre 0,9 % et 1,8% des demandeurs subissent une radiation dans l’année, selon les chiffresentre 2008 et 2013.

Conclusion ? Les chômeurs cherchent un emploi et n’en trouvent pas, en général.

D’ailleurs la fameuse « expérimentation » ne dit rien sur l’essentiel : manifestement, le Pôle Emploi n’aura pas jugé utile d’informer la presse sur le nombre de personnes contrôlées qui auront retrouvé un emploi à l’issue de la procédure, et encore moins sur la nature éventuelle de ces emplois.

De même concernant les fameux radiés, on ne saura pas combien avaient des problématiques sociales , pas de garde d’enfant, pas de logement, par exemple qui les empêchaient d’avoir un projet professionnel. On ne saura pas non plus combien ont été radiés parce qu’ils avaient un projet en contradiction avec les attentes du Pôle, par exemple une recherche de formation, une création d’entreprise, ou le désir d’accéder à un emploi choisi et non contraint. Ni combien étaient proches de la retraite et n’avaient aucune chance d’être embauchés.

Beaucoup de bruit pour rien , cette expérimentation ? Oui, si l’on se place dans une logique où le Pôle Emploi aurait pour vocation d’aider les chômeurs à retrouver un emploi, et à correctement indemniser celles et ceux qui ne sont pas responsables du chômage de masse.

Mais ce n’est pas le sujet : cette expérimentation n’avait qu’un seul objectif, légitimer les discours politiques antisociaux et stigmatisants que le gouvernement souhaite de nouveau tenir, pour accréditer l’idée qu’il faut encore amputer les droits des salariées.

La généralisation de l’expérimentation du Pôle Emploi, va générer un peu plus de harcèlement et de démarches absurdes pour les chômeurs : d’ores et déjà l’étude conclut à la nécessité de renforcer l’outillage en termes de « techniques de recherches d’emploi ». Bonne nouvelle pour le secteur privé de l’ « accompagnement » et du « coaching » qui obtiendra des financements supplémentaires pour des stages et ateliers dont l’inutilité a été démontrée maintes fois.

Mais l’existence même d’un contrôle renforcé vise à accréditer l’idée qu’il n’y a pas de fumée sans feu et qu’on ne déploie pas des procédures sans raison. De même qu’un homme entouré par deux policiers apparaît toujours comme un suspect, fusse-t-il la victime, les chômeurs dont le contrôle est médiatisé abondamment sont des coupables en puissance.

Il n’est pas sûr , cependant que les millions de personnes concernées et leur entourage acceptent éternellement et sans broncher que la stigmatisation s’ajoute à leur galère quotidienne.

Pour approfondir sur la réalité du contrôle des chômeurs et les vrais bénéficiaires de cette politique stigmatisante : Chômeurs contrôlés, patrons assistés , démagogie mode d’emploi ( précaire).

AC ! Ile de France, octobre 2014. Contact : ac.iledefrance@gmail.com

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